8 mai 2012

« NOUVEAU » PROGRAMME POUR LES EXILéS AFGHANS : LA STRATéGIE DU HCR EST-ELLE RéELLEMENT LA BONNE ?

DUBAÏ, 7 mai 2012 (IRIN) – À l’occasion de l’ouverture d’une conférence rassemblant des représentants des gouvernements afghan, iranien et pakistanais et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et ayant pour objectif de discuter de la nouvelle stratégie pour gérer la situation de réfugiés la plus ancienne au monde, les organisations non gouvernementales (ONG) qui oeuvrent en Afghanistan ont soulevé une multitude de questions au sujet de la nouvelle approche.

Dans le document de la stratégie, intitulé « Solutions Strategy for Afghan Refugees, to support Voluntary Repatriation, Sustainable Reintegration and Assistance to Host Countries » ["Stratégie de solutions visant à appuyer le rapatriement volontaire, la réintégration durable et l'assistance aux pays hôtes"], les gouvernements afghan, iranien et pakistanais s’entendent sur la voie à suivre pour gérer les 2,7 millions d’Afghans enregistrés comme réfugiés en Iran et au Pakistan ; les quelque 2,4 à 3,4 millions d’Afghans qui vivent illégalement dans les deux pays ; et les près de 6 millions d’Afghans – un quart de la population – qui sont rentrés d’exil et vivent dans des conditions très difficiles.

Lors de la conférence, qui a eu lieu à Genève les 2-3 mai, les parties prenantes internationales – les bailleurs de fonds, les organisations internationales, les organisations d’aide humanitaire, etc. – étaient invitées à apporter leur soutien à la nouvelle approche, dont le coût est estimé à près de 2 milliards de dollars. La stratégie vise à améliorer les conditions de vie dans les communautés d’origine en Afghanistan afin d’encourager les personnes déplacées à rentrer chez elles ; à soutenir les communautés iraniennes et pakistanaises qui accueillent des réfugiés afghans ; et à offrir des formations aux Afghans en exil afin de faciliter leur réintégration à leur retour au pays. La stratégie prévoit notamment l’amélioration des conditions de vie dans 48 régions afghanes qui accueillent un grand nombre de rapatriés. Cette amélioration passe par la création de « villages modèles » grâce à un développement coordonné au niveau communautaire, et notamment par la construction d’écoles, de cliniques et de canalisations d’eau, la fourniture de terres et d’abris et la création de moyens de subsistance. L’objectif est d’améliorer la qualité de vie des rapatriés afin qu’elle atteigne le même niveau que celle de la population locale, et de créer un environnement qui leur donne envie de retourner dans leur région d’origine. Or, certaines préoccupations persistent concernant la mise en ouvre de la stratégie.

Voici quelques éléments clés qui méritent d’être débattus et clarifiés : -

Le moment est-il bien choisi pour encourager le retour des réfugiés en Afghanistan ?

Depuis plusieurs dizaines d’années, l’Iran et le Pakistan accueillent des réfugiés afghans et insistent sur le fait qu’ils ne pourront pas continuer indéfiniment à supporter le fardeau d’une crise massive de réfugiés. Mais le moment est-il bien choisi pour encourager le retour des réfugiés en Afghanistan ? « À cause de la détérioration des conditions de sécurité, les efforts de réintégration des dix dernières années n’ont pas donné de résultats tangibles pour les réfugiés de retour au pays », indique un document de travail rédigé par des ONG qui travaillent en Afghanistan.

« Le rapatriement n’est peut-être pas la panacée que plusieurs espéraient au départ. » L’insécurité persistante a entraîné le déplacement interne de près d’un demi-million d’Afghans. Certaines personnes déplacées ont dit qu’elles ne voulaient pas retourner dans leur région d’origine même si les conditions sécuritaires s’amélioraient, car elles n’y ont accès à aucun service gouvernemental ni d’opportunité d’emploi. De nombreux réfugiés rentrés au pays ont décidé de migrer vers la ville ou de retourner au Pakistan ou en Iran parce qu’ils ne trouvaient pas d’emploi. Et, au milieu de tout cela, les forces de sécurité internationales réduisent leur présence militaire dans le cadre d’une période de transition qui pourrait bien provoquer le retour à une guerre civile totale.

Selon l’International Crisis Group (ICG), le retour au pays d’un grand nombre de réfugiés pourrait, dans ces conditions, être un facteur de déstabilisation. La stratégie indique par ailleurs que « les conditions en Afghanistan sont trop mauvaises pour supporter un rapatriement continu à grande échelle ». Or, elle cite à plusieurs occasions le rapatriement volontaire comme étant la meilleure solution. « L’Afghanistan traverse une période de transition importante qui est caractérisée par l’incertitude », a dit António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à l’occasion de l’ouverture de la conférence, le 2 mai.

« Les réfugiés afghans ont montré qu’ils votent avec leurs pieds quand les conditions sont propices à leur retour. Nous avons la responsabilité collective de supporter et de faciliter leurs aspirations légitimes. »

Le HCR indique toutefois que la stratégie n’a pas pour but de faire revenir les Afghans en masse. Il estime que le nombre de retours atteindra environ 120 000 en 2012, contre 68 000 l’an dernier, ce qui est encore bien en deçà des chiffres de la première moitié de la dernière décennie.

Selon l’Agence de coordination de l’aide à l’Afghanistan (Agency Coordinating Body for Afghan Relief, ACBAR), un regroupement d’ONG nationales et internationales, la plupart des réfugiés afghans attendent de voir ce qui se passera pendant la période de transition. -

Les données de référence disponibles sont-elles suffisantes ?

La stratégie indique que le gouvernement iranien et le HCR établiront le profil des réfugiés afghans afin de permettre l’établissement en Afghanistan de villages modèles où ils pourront s’installer.

Les ONG estiment cependant que cette recherche aurait dû être faite avant de mettre en ouvre une stratégie fondée sur une « hypothèse coûteuse ». Les ONG croient par ailleurs qu’il est nécessaire d’obtenir plus de données et de consulter davantage la population des réfugiés afin d’évaluer s’ils veulent vraiment rentrer chez eux ; s’ils souhaitent retourner dans leur région d’origine ; et ce dont ils ont besoin pour être totalement réintégrés.

Les solutions pourraient ainsi être élaborées depuis la perspective de l’utilisateur et non du concepteur, pour reprendre les mots du directeur de l’ACBAR, Wael Ibrahim. « Dans un monde idéal, cela aurait dû être fait avant, mais nous avons vu que les trois gouvernements avaient la volonté politique et souhaitaient en discuter maintenant », a reconnu Suzanne Murray-Jones, une conseillère chevronnée du HCR qui a travaillé à l’élaboration de la stratégie. « On dit qu’il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. Ils étaient prêts à collaborer, alors nous avons joué le rôle de catalyseur. » Elle a par ailleurs ajouté que la loi oblige les réfugiés à retourner dans leur région d’origine et qu’on connaît ces régions à cause du profilage détaillé des réfugiés qui est fait au Pakistan et en Iran.

« Ce n’est pas la panacée. Nous sommes simplement d’avis qu’un nouveau paradigme est nécessaire.

[La réintégration des réfugiés] n’a pas fonctionné pendant les dix dernières années. Il faut réévaluer et améliorer notre approche… Et si celle-ci fonctionne dans les 2-3 prochaines années, nous pourrons alors l’employer dans d’autres régions. » Selon certains travailleurs humanitaires toutefois, il s’agit là d’un exemple de politique élaborée à l’envers. -

La plupart des réfugiés restants vivent en ville et/ou sont nés en exil. Pourquoi la stratégie met-elle l’accent sur les régions d’origine ?

Quelque 125 000 Afghans naissent chaque année au Pakistan et en Iran. En Iran, 97 pour cent des réfugiés afghans vivent dans les zones urbaines. « La stratégie est fondée sur l’idée que les réfugiés afghans devraient retourner dans leur région d’origine », a dit Dan Tyler, conseiller en matière de protection et de plaidoyer auprès du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) dans la capitale afghane, Kaboul.

« Or, toutes les données disponibles montrent que les gens qui vivent en exil depuis plusieurs générations ont beaucoup de difficulté à réintégrer leur communauté d’origine. » Le profil des réfugiés afghans qui vivent au Pakistan et en Iran aujourd’hui est différent de celui des nombreux autres qui sont rentrés au pays entre 2002 et 2005.

Ainsi, il est fort probable que ceux qui ont choisi de ne pas rentrer à cette époque, même lorsque le pays était plus sûr, entretiennent moins de liens institutionnels, familiaux et sociaux avec l’Afghanistan et ne possèdent pas de terre ou de foyer. « Nombre d’entre eux ne voient pas l’intérêt de retourner dans leur communauté rurale d’origine, qu’il y ait ou non des opportunités d’emploi », a dit M. Tyler à IRIN. « Certains n’y ont même jamais vécu. »

« Nous ne parlons pas des gens qui vont rentrer chez eux. Nous parlons de ceux qui sont déjà rentrés », a dit Mme Murray-Jones. « Nous essayons de leur venir en aide et de soutenir les villages dont les mécanismes d’adaptation sont déjà soumis à de fortes pressions. » Par ailleurs, a-t-elle ajouté, les autorités [afghanes] n’autorisent pas le HCR à venir en aide aux Afghans déplacés qui vivent dans des établissements urbains informels, sauf pour leur fournir un abri temporaire et certains articles courants, parce que « le gouvernement ne veut pas qu’ils restent là. » D’après M. Tyler toutefois, davantage d’efforts doivent être faits pour repenser l’aménagement urbain.

« L’exode rural est un important mécanisme d’adaptation pour une population… Ce n’est pas un phénomène contre lequel on doit lutter : il faut plutôt chercher à y faire face le mieux possible. » – Les retours seront-ils vraiment volontaires ? Les ONG craignent également que la stratégie ne donne aux gouvernements iranien et pakistanais « le feu vert pour… poursuivre agressivement leurs efforts de rapatriement », indique le document de travail rédigé par les ONG. Les autorités pakistanaises ont signalé qu’elles ne prolongeraient pas la durée de validité des cartes de séjour des réfugiés afghans, qui expirent à la fin 2012.

L’Iran et le Pakistan ont déjà procédé à des déportations d’Afghans sans papiers par le passé. « Faut-il voir une coïncidence dans le fait que cela arrive juste avant la conférence ? », s’interroge M. Ibrahim, de l’ACBAR.

« Sont-ils en train d’essayer de prouver qu’ils n’ont plus les moyens de les héberger sur leur territoire ? »

D’après Mme Murray-Jones toutefois, Islamabad avait déjà annoncé que la durée de validité des cartes de séjour ne serait pas prolongée au-delà de 2012. Elle a ajouté qu’elle espérait que la conférence contribuerait à aller chercher le soutien politique nécessaire pour préserver l’espace d’asile des réfugiés dans les pays voisins.

- La stratégie a-t-elle des visées politiques ?

« La capacité des réfugiés à rentrer chez eux dans la sécurité et la dignité et à devenir, à leur retour, des citoyens productifs au sein de leur communauté est également cruciale pour assurer la stabilité et le progrès de l’Afghanistan », a dit M. Guterres au début de la conférence, selon Reuters. Le document de stratégie élaboré conjointement par les trois gouvernements et le HCR mentionne également que l’amélioration de la qualité de vie des rapatriés est cruciale pour assurer la « stabilité et la sécurité » de l’Afghanistan – un vocabulaire qui crée un malaise chez certaines personnes.

« Le moment choisi pour développer cette stratégie fait partie de la rhétorique de la transition », a dit M. Tyler. Dans le cadre du processus de transition, les forces internationales ont soutenu que le gouvernement afghan était de mieux en mieux à même de prendre soin de lui-même.

Le Pakistan et l’Iran peuvent maintenant se servir de cet argument pour exiger qu’il agisse sur la question des réfugiés. « Si [la stratégie] a suscité beaucoup de réactions, c’est à cause des considérations politiques plus larges qui entourent le moment choisi pour développer la stratégie et les messages potentiels qu’elle envoie », a dit M. Tyler. Mme Murray-Jones estime quant à elle que l’objectif est de collaborer avec les deux pays afin de préserver un espace pour les réfugiés. « Nous espérons que la situation ne dégénérera pas en 2014/15.

Nous ne voulons pas que les frontières ferment, et cela pourrait très bien arriver. » – Pourquoi ne pas consacrer plus d’efforts à la recherche de solutions alternatives au Pakistan et en Iran ?

Les responsables du HCR admettent que la stratégie n’examine en détail aucune solution alternative durable comme la légalisation de l’immigration et la naturalisation. Comme l’indique Mme Murray-Jones, ils ont senti qu’« un tiens va[lait] mieux que deux tu l’auras ».

« Cette stratégie n’est certainement pas complète, mais c’est le mieux que nous avons pu obtenir de la part des trois gouvernements qui se sont assis à la même table [pour la première fois]. C’est un consensus. Nous aurions aimé [inclure la migration économique dans la stratégie], mais nous avons préféré obtenir un consensus entre les trois gouvernements et nous servir ensuite de ce consensus comme point de départ pour aller de l’avant. »

Dans une stratégie élaborée en 2010 pour intervenir sur la question des réfugiés afghans, le gouvernement pakistanais évoquait la régularisation de la situation des Afghans qui vivent au Pakistan comme une solution potentielle à long terme. Si Islamabad est revenu sur sa position depuis, des observateurs ont cependant indiqué que l’Iran et le Pakistan avaient reconnu avoir besoin de travailleurs. – Est-ce la meilleure façon de dépenser tout cet argent dans la conjoncture économique ? Le coût de l’ensemble de la stratégie – incluant les projets en Iran, au Pakistan et en Afghanistan – est estimé à environ 2 milliards de dollars, dont 863 millions seront consacrés à la composante afghane.

La stratégie prévoit l’attribution de « quantités disproportionnées de ressources à un échantillon statistiquement restreint de la population par l’intermédiaire d’un mécanisme alternatif hors budget qui n’est pas pris en charge par le Fonds d’affectation spéciale pour la reconstruction de l’Afghanistan », indique le document rédigé par l’ACBAR, ce qui « jette un doute sur la viabilité de toute intervention ».

Mme Murray-Jones a cependant précisé que les 863 millions reflétaient les besoins de 3,7 millions de rapatriés dans 19 provinces, selon le calcul effectué par le ministère des Réfugiés et du Rapatriement en consultation avec d’autres ministères et des agences des Nations Unies. C’était simplement un « exercice d’arithmétique pour nous permettre de saisir l’énormité de la chose ».

Elle a ajouté que la majeure partie de l’argent serait dépensée dans le cadre de programmes de développement, notamment les programmes de priorité nationale (National Priority Programmes, NPP). Le projet conjoint du HCR et du PNUD, qui vise le développement de 48 villages modèles et l’amélioration des conditions de vie de quelque 600 000 personnes, coûtera 180 millions de dollars et sera financé par des fonds du HCR et du PNUD déjà disponibles, a ajouté Mme Murray-Jones.

« C’est 180 millions de dollars pour 48 sites, ce qui correspond à 3,75 millions de dollars par site. Un site compte en moyenne 12 000 personnes. C’est beaucoup d’argent pour une humanitaire comme moi. Mais des collègues du PNUD m’ont dit que ça ne représentait pas grand-chose dans le domaine de l’aide au développement. Nous essayons de combler les lacunes. »

Elle a ajouté qu’elle espérait que l’argent dépensé pour mettre en ouvre cette approche coordonnée serait plus rentable. Une proposition antérieure, qui prévoyait la création d’un nouveau Fonds d’affectation spéciale multidonateurs, a été abandonnée en raison de son impopularité, a dit Mme Murray-Jones. – Pourquoi ne pas utiliser les programmes gouvernementaux déjà existants ? Les programmes gouvernementaux tels que les programmes de solidarité nationale (National Solidarity Programme, NSP), l’ensemble de services de santé essentiels (Basic Package of Health Services, BPHS) et les NPP offrent déjà un cadre pour le développement du pays, selon les détracteurs. «

L’adoption d’une nouvelle stratégie qui prendra le dessus sur la stratégie nationale est contre-productive et dangereuse. Il risque d’y avoir de graves incohérences », indique le document rédigé par les ONG. En décembre, le représentant du HCR en Afghanistan, Peter Nicolaus, a dit que l’approche de la réintégration des réfugiés du HCR était « la plus grande erreur jamais faite par le HCR. Nous pensions que si nous donnions de l’assistance humanitaire, le développement économique suivrait. »

Les responsables du HCR ont dit qu’ils avaient pris conscience que les systèmes existants ne fonctionnaient pas. M. Ibrahim y voit une raison de plus pour travailler encore plus fort pour les faire fonctionner, « plutôt que de créer un système alternatif. Ce n’est pas viable et ça exige des dépenses exorbitantes ».

Le HCR a cependant indiqué avoir identifié 13 NPP qu’il considère comme pertinents pour les rapatriés. Le vice-président Mohammad Qasim Fahim travaille actuellement de concert avec les ministères concernés pour prioriser les rapatriés dans le cadre de ces programmes. Mme Murray-Jones a dit qu’il fallait continuer d’accorder une attention particulière aux rapatriés même si certains programmes nationaux leur viennent aussi en aide. « Lorsqu’un groupe est trop intégré, il devient invisible.

Les rapatriés comptent pour 25 pour cent de la population de l’Afghanistan : ils ne devraient pas être invisibles. » Des observateurs ont déploré la lenteur du gouvernement à agir, qui est par ailleurs accentuée par la corruption et le népotisme. Le HCR, le PNUD et leurs partenaires iront donc de l’avant et construiront des écoles et des cliniques en collaboration avec les ministères concernés, qui fourniront les enseignants et les médecins dont ils ont besoin. -

Les rapatriés forment-ils vraiment la population la plus vulnérable en Afghanistan ? Même si les réfugiés rentrent chez eux dotés des nouvelles compétences qu’ils ont apprises à l’étranger, l’environnement dans lequel ils retournent ne leur permet pas de les utiliser. Selon une étude réalisée récemment par le HCR, 60 pour cent des rapatriés vivent dans des conditions pires que celles des populations locales.

Or, avec l’augmentation exponentielle des déplacements internes en 2011 – qui risque par ailleurs de s’aggraver en 2012 -, certaines personnes se demandent si les rapatriés devraient être au centre des préoccupations. Alors que certains sont soulagés de voir que des moyens sont mis en ouvre pour trouver des solutions à plus long terme pour cette population, d’autres s’inquiètent que des crises humanitaires prolongées ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent.

Il n’existe aucune statistique permettant une évaluation comparative de la vulnérabilité des différents groupes en Afghanistan. Par ailleurs, il est difficile d’assurer un suivi, car plusieurs rapatriés deviennent aussi des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP). Si le HCR a fait pression en faveur de l’adoption de la stratégie, l’organisation a également continué de travailler sur la question des PDIP. Elle a ainsi conclu, en mars, ce qu’elle considère comme un accord historique avec le gouvernement afghan. Celui-ci s’est en effet engagé à élaborer une politique nationale concernant la gestion des PDIP. Selon Mme Murray-Jones toutefois, les rapatriés forment près du quart de la population et le segment de la population qu’il faut prioriser est donc particulièrement important. « Ces gens ne devraient pas être oubliés. »

http://www.irinnews.org/fr/Report/95424/Briefing-La-fe euille-de-route-pour-les-réfugiés-afghans IrinNews 3 mai 2012

The right way forward for Afghan refugees? DUBAI, 3 May 2012 (IRIN) – As a meeting of representatives of the Afghan, Iranian and Pakistani governments and the UN Refugee Agency (UNHCR) opened to discuss a new strategy for dealing with the most protracted refugee crisis in the world, NGOs working in Afghanistan raised a number of questions about the new approach. The so-called Solutions Strategy for Afghan Refugees, to support Voluntary Repatriation, Sustainable Reintegration ad Assistance to Host Countries is an agreement between the three governments on a way forward for the 2.7 million Afghans registered as refugees in Iran and Pakistan; the estimated 2.4-3.4 million unregistered Afghans living in the two countries; and the nearly 6 million Afghans – one quarter of its population – who have returned from exile to very difficult circumstances. (See IRIN’s recent In-Depth look at the realities on the ground). The two-day meeting in Geneva, which started on 2 May, invited international stakeholders – donors, diplomats, international organizations, aid agencies and others – to endorse the new approach, at a cost of nearly US$2 billion, which seeks to improve conditions in communities of origin in Afghanistan to encourage returns while supporting communities which host Afghan refugees in Iran and Pakistan, and providing Afghans in exile with skills training to help them upon their return to Afghanistan. One key component of the plan’s implementation is to improve up to 48 areas of high return in Afghanistan by creating “model villages” through coordinated community-based development: building schools, clinics, water canals, providing access to land and shelter, and creating livelihood opportunities. The goal is to improve the quality of life of returnees to the levels enjoyed by their local counterparts and to create an environment in which refugees are more willing to return to their areas of origin. But there are some concerns about how the strategy is to be implemented. Below are some of the key points up for discussion and clarification: – Is it the right time to encourage returns to Afghanistan? Pakistan and Iran have hosted Afghan refugees for decades and have complained that they cannot continue to shoulder the burden of a massive refugee crisis indefinitely. But is now the right time to encourage refugees to return to Afghanistan? “Deteriorating security conditions mean reintegration efforts over the past 10 years have failed to provide tangible dividends for returning refugees,” says a discussion paper drafted by NGOs in Afghanistan. “Repatriation may not be the panacea many initially hoped for.” Ongoing insecurity has internally displaced nearly half a million Afghans. Some displaced people say they would not return to their areas of origin, even if security conditions improved, because of a lack of government services and employment opportunities. Many refugees who have returned have migrated to the cities, or returned to Pakistan or Iran when they could not find work. And in the midst of all this, international security forces are drawing down their troop presence in a transition period that could well trigger a return to all-out civil war. The International Crisis Group says under such conditions, a big influx of returning refugees could be de-stabilizing. The strategy itself says “conditions in Afghanistan are too severe to support continued large-scale repatriation” and yet it refers on several occasions to voluntary repatriation as the preferred solution. “We are in an important period of transition in Afghanistan that is characterized by uncertainty,” Antonio Guterres, UN High Commissioner for Refugees, told the conference on 2 May. “Afghan refugees have shown that they vote with their feet when conditions for return are conducive … We have a collective responsibility to support and facilitate their legitimate aspirations.” But UNHCR says the strategy is not aimed at trucking in masses of people. Its estimate for the number of returns in 2012 is about 120,000, up from last year’s 68,000, but far below the numbers during the first half of the last decade. According to the Agency Coordinating Body for Afghan Relief (ACBAR), a coordination of national and international NGOs, most Afghan refugees are in a ‘wait and see’ mode during the transition period. – Is there enough baseline data? The solutions strategy says the government of Iran and UNHCR will profile the refugee population in order to allow the establishment of model villages in Afghanistan to which they can return. But NGOs say this research should have been done before embarking on an “expensive hypothesis”. They say more data and community consultation is needed to assess whether refugees really want to return; whether they want to go back to their areas of origin; and what they would need in order to fully re-integrate – such that solutions are crafted from the perspective of the user, not the designer, as Wael Ibrahim, head of ACBAR, put it. Suzanne Murray Jones, senior UNHCR advisor working on the Solutions Strategy, acknowledges that “in an ideal world, this should have been done before, but we saw the political will of the three governments for discussing this now. It’s a matter of striking while the iron is hot. They were ready to engage, so we acted as a catalyst.” She said refugees are required by law to return to their areas of origin, which are all known in detailed refugee profiling done in both Pakistan and Iran. “This is not the be-all and end-all. We are just saying a new paradigm is necessary. [Refugee re-integration] hasn’t been working for the last 10 years. We need to re-evaluate and improve the approach…If this works in the next 2-3 years, replicate it in other areas.” But some aid workers say this is an example of policy-making in reverse order. – Most remaining refugees are urbanized and/or born in exile. Why is the strategy focused on areas of origin? Some 125,000 Afghans are born in Pakistan and Iran every year. In Iran, 97 percent of Afghan refugees live in urban areas. “The strategy is premised around the idea that Afghan refugees should return to place of origin,” said Dan Tyler, protection and advocacy adviser with the Norwegian Refugee Council in the Afghan capital, Kabul. “But all the evidence shows that when you try to return people who have been exiled for generations to their place of origin, it is very difficult to re-integrate.” The profile of the Afghan refugee caseloads in Pakistan and Iran today is different than that of the many who returned between 2002 and 2005. Those who chose not to return then, even when Afghanistan was safer, may have less institutional, family and social ties to Afghanistan, and may not have land or housing. “ For many, returning to rural places of origin, whether or not there are livelihood opportunities, is not really relevant,” Tyler told IRIN. For some, “they’ve never lived in these areas.” “We’re not talking about people who are going to return. We’re talking about people who have already returned,” said Murray Jones. “We are trying to assist those who have already returned, to assist villages whose coping mechanisms have already been stretched to the nth degree.” Besides she told IRIN, the government does not allow UNHCR to assist displaced Afghans living in urban settlements, apart from temporary shelter and some household items, because “the government does not want them there.” But Tyler says more effort should be invested in adequate urban planning. “Urban migration is a major coping response for a population…It’s not something you try and prevent. It’s something you can try and respond to.” – Will return really be voluntary? NGOs also fear the strategy could give the government of Iran and Pakistan “a green light to… aggressively pursue repatriation efforts,” the draft paper says. The Pakistani government has noted that it will not extend residency cards for Afghan refugees, which expire at the end of 2012. Both Iran and Pakistan have previously deported undocumented Afghans. “Is it a coincidence that this is happening right before the conference?” asked ACBAR’s Ibrahim. “Are they building the case that they can no longer afford them?” But according to Murray Jones, Pakistan has said it was never going to extend the residency cards past 2012. She said she hoped the conference will help bolster the political support need to maintain asylum space there. – Is this strategy politicized? « The ability for refugees to return in safety and dignity and become productive citizens in their communities upon return is also integral to the stability and progress of Afghanistan, » Guterres said at the start of the conference, according to Reuters. The joint strategy similarly notes that improving the quality of life of returnees is critical for the “stability and security” of Afghanistan – language that makes some people uncomfortable. “The timing of the strategy plays into the transition rhetoric,” Tyler said. International forces have argued during the transition process that the Afghan government is increasingly in a position to take care of itself. Pakistan and Iran can now argue that this should extend to refugees as well. “The reason there’s been a lot of reaction on this are some of the wider political conditions around the timing of the strategy and the possible messages that it sends,” Tyler said. Murray Jones says the goal is to work with both countries to preserve a space for refugees. “God forbid things explode in 2014/15, we don’t want those borders closed, which they could very well be.” – Why not put more effort into alternative solutions in Pakistan and Iran? UNHCR admits the strategy doesn’t address in any detail alternative durable solutions, like legalized migration and naturalization. But UNHCR felt that “a bird in the hand is worth two in the bush,” as Murray Jones put it. “It’s certainly not a complete strategy. But it’s the best that we could get from the three governments that are actually sitting around the same table [for the first time]…This is a consensus. Whilst we would have liked to have [included economic migration], we would rather have this basis of consensus between three governments as a starting line and see if we can build on that moving forward.” A 2010 Pakistani government strategy for dealing with Afghan refugees did refer to regularizing the legal stay of Afghans in Pakistan as one long-term solution. Pakistan has since backed off from that position, but observers say Iran and Pakistan both recognize they need laborers. – Is this the best way to spend a lot of money in such tight financial times? The overall strategy – including projects in Iran, Pakistan and Afghanistan – is expected to cost around $2 billion, with $863 million needed for the Afghan component. The proposed strategy spends “disproportionately large amounts of resources through an alternative off-budget mechanism outside of the Afghanistan Reconstruction Trust Fund to a statistically small sample of the population,” the ACBAR paper said, making “the sustainability of any intervention questionable.” But Murray Jones said the $863 million reflects the needs of 3.7 million returnees in 19 provinces, as calculated by the Ministry of Refugees and Repatriations, in consultation with other ministries and UN agencies. It was simply a “number-crunching exercise just to have a handle on the enormity of it.” She said the majority of that money would be spent through development programmes, primarily the National Priority Programmes (NPPs). UNHCR’s project, in conjunction with UNDP to improve 48 model villages, reaching some 600,000 people, will cost $180 million, she said, and come from UNHCR and UNDP funds already available. “$180 million for 48 sites. That’s $3.75 million a site. One site on average is 12,000 people. That’s a lot of money for a humanitarian like me. But colleagues at UNDP say that’s peanuts for doing development work. We are trying to bridge the gap.” She said she hopes money spent in this coordinated approach will be more cost-effective. An earlier proposal to create a new Multi-Donor Trust Fund was ditched when found to be unpopular, Murray Jones said. – Why not work through already existing government programmes? Government programmes like the National Solidarity Programme (NSP), the Basic Package of Health Services (BPHS), and the NPPs, already provide a framework through which to develop the country, critics argue. “Endorsing a new strategy ahead of the national strategy is counter-productive and dangerous: it risks creating severe inconsistencies,” the NGO paper said. UNHCR Representative in Afghanistan, Peter Nicolaus, said in December that UNHCR’s approach to refugee re-integration was “the biggest mistake UNHCR ever made…We thought if we gave humanitarian assistance then macro-development would kick in. » UNHCR says it has realized that existing systems have not worked. For Ibrahim, that’s all the reason to work harder to make it work, “rather than create an alternative system. It’s not sustainable and expensive.” But UNHCR says it has identified 13 NPPs that are relevant to returnees and Vice-President Mohammad Qasim Fahim is working with ministries to prioritize returnees within those programmes. Murray Jones says returnees still need special attention, in additional to national programmes that may include them. “If you mainstream a group too much, they become invisible. Twenty-five percent of the country of Afghanistan is returnees. They shouldn’t be invisible.” Observers say the pace of action in government is slow, and made worse by corruption and nepotism. So UNHCR and UNDP – in coordination with partners – will go ahead and build schools and clinics, in coordination with the relevant ministries, who will supply the necessary teachers and doctors. – Are returnees really the most vulnerable people in Afghanistan? While refugees may return to Afghanistan with new skills learned abroad, they return to environments where those skills cannot be used, and a recent UNHCR survey found that 60 percent of returnees lived in worse conditions than their local counterparts. But with internal displacement rising exponentially in 2011 and expected to worsen further in 2012, some wonder whether returnees should really be the central focus. While some are relieved at the search for longer-term solutions for returnees, other worry that continued humanitarian crises may be overlooked. There are no statistics in Afghanistan assessing comparative vulnerability, and with many returnees becoming IDPs, it is hard to track anyway. While UNHCR has been pushing the Solutions Strategy, it has also continued work on IDPs, with what it calls a landmark agreement by the government in March to draft an IDP policy. But given one-quarter of the population has returned from exile, it is an important segment of the population to prioritize, Murray Jones maintained. “These people should not be forgotten.” http://www.irinnews.org/Report/95404/Brie efing-The-righ ht-way-forward-for-Afghan-refugees

Women’s rights

8 mars 2012

Hamid Karzai backs restrictive code for women

Afghanistan’s president endorses ‘code of conduct’ which activists say is a giant step backward for women’s rights

Afghanistan’s president endorsed a « code of conduct » issued by an influential council of clerics which activists say represents a giant step backward for women’s rights in the country.

President Hamid Karzai’s remarks backing the Ulema Council’s document, which allows husbands to beat wives under certain circumstances and encourages segregation of the sexes, is seen as reaching out to insurgents like the Taliban.

The US and Karzai hope that the Taliban can be brought into negotiations to end the country’s decade-long war. But activists say they are worried that gains made by women since 2001 may be lost in the process. When the Taliban ruled Afghanistan before the 2001 US invasion, girls were banned from going to school and women had to wear burqas that covered them from head to toe. Women were not allowed to leave home without a male relative as an escort.

The « code of conduct » issued on Friday by the Ulema Council as part of a longer statement on national political issues is cast as a set of guidelines that religious women should obey voluntarily, but activists are concerned it will herald a reversal of the trend in Afghanistan since 2001 to pass laws aimed at expanding women’s rights.

Hamid Karzai with Fahim and Khalili
RAWA.org: Karzai’s support for Taliban fundamentalists and their terrible restrictions comes as no surprise. Karzai has surrounded himself by deadlier fundamentalist criminals like Qaseem Fahim (left) and Karim Khalil (righ) who are VPs. Both have a bloody history of crimes like killing, raping, looting during the dark years of 1992-96 and are no different from the Taliban mentally.

The rules say women should not travel without a male guardian and should not mingle with strange men in places such as schools, markets and offices. Beating one’s wife is prohibited only if there is no « sharia-compliant reason, » it says.

Asked about the code at a press conference in Kabul, Karzai said it was in line with Islamic law and had been written in consultation with Afghan women’s groups. He did not name the groups.

« The clerics’ council of Afghanistan did not put any limitations on women, » Karzai said, adding: « It is the sharia law of all Muslims and all Afghans. »

Karzai’s public backing of the council’s guidelines may be intended to make his government more palatable to the Taliban, or he may simply be trying to keep on the good side of the Ulema Council, which could be a valuable intermediary in speaking to the insurgents.

But women’s activists say endorsement means existing or planned laws to protect women’s rights may be sacrificed for peace negotiations. « It sends a really frightening message that women can expect to get sold out in this process, » said Heather Barr, an Afghanistan researcher for the New York-based Human Rights Watch.

Shukria Barikzai, a parliamentarian from the capital who has been active in women’s issues, said she was worried that Karzai and the clerics’ council appeared to be ignoring their country’s own laws.

« When it comes to civil rights in Afghanistan, Karzai should respect the constitution, » Barikzai said. The Afghan constitution provides equal rights for men and women.

The exception for certain types of beatings also appears to contradict Afghan law that prohibits spousal abuse. And the guidelines also promote rules on divorce that give women few rights, a turnaround from pledges by Karzai to reform Afghan family law to make divorces more equitable, Barr said. « This represents a significant change in his message on women’s rights, » she said.

Afghan women’s rights activist Fatana Ishaq Gailani, founder of the Afghanistan Women’s Council, said she felt women’s rights were being used as part of a political game.

« We want the correct Islam, not the Islam of politics, » Gailani said. She said she supported negotiations with the Taliban, but Afghanistan’s women should not be sacrificed for that end.

Hadi Marifat, of the Afghanistan Human Rights and Democracy Organisation, which surveyed 5,000 Afghan women for a recent report on the state of women’s rights in Afghanistan, argued that the statements show Karzai is shifting more toward the strictest interpretations of sharia law.

« In the post-Taliban Afghanistan, the guiding principle of President Karzai regarding women’s rights has been attracting funding from the international community on one hand, balanced against the need to get the support of the Ulema Council and other traditionalists on the other, » Marifat said.

« The concerning thing is that now this balance is shifting toward the conservative element, and that was obvious in his statement. »

Category: WomenHR Violations - Views: 1468

 

Read more: http://www.rawa.org/temp/runews/2012/03/06/hamid-karzai-backs-restrictive-code-for-women.html#ixzz1oYwD5zFR

A quoi rêvent les Afghanes?

19 février 2012

A quoi rêvent les Afghanes?

SABIRA AMETI

Mis en ligne le 22/11/2001

Elle s’appelle Sabira, a 28 ans et déteste porter la burqua. Elle préfère porter ses espoirs sur un pays où les femmes pourront enfin vivre… sans les fondamentalistes. Qu’ils soient Taliban ou de l’Alliance du Nord: ils méprisent la femme! Appel

ENSEIGNANTE REVOLUTIONARY ASSOCIATION OF WOMEN OF AFGHANISTAN (RAWA)(*)

A quoi rêvent les femmes afghanes? A la paix, à la sécurité, elles rêvent de se lever le matin et d’aller chercher de l’eau sans être empêtrée dans la burqua si étouffante.. Elles rêvent que leurs enfants ont de quoi manger et qu’ils vont à l’école… Elles rêvent de sortir dans la rue sans courir le risque de se faire battre comme plâtre par un type barbu qu’elles ne connaissent pas mais qui se donne droit de vie et de mort sur leur pauvre corps en deuil… Elles rêvent que leurs filles deviennent femmes sans avoir à subir l’infamie du rapt et des viols répétés …

Je m’appelle Sabira, j’ai 28 ans, et je déteste porter la burqua. J’ai dû m’exercer à la porter pour ne pas avoir l’air d’une étrangère et ne pas attirer l’attention lorsque je vais en mission en Afghanistan. C’est très difficile de marcher avec elle, de respirer, de voir correctement le monde. Avant, c’était différent. Je me souviens que ma mère la portait mais ce n’était pas obligatoire. De plus, elle n’était pas complètement couverte, son visage était à découvert. Mais depuis les choses ont changé…

Je vis depuis l’âge de 7 ans dans les camps de réfugiés au Pakistan. Avec ma mère, mon père et mes frères, nous avons fuit l’Afghanistan à l’époque parce que mon père avait été actif dans la lutte contre les Russes. C’est à 9 ans que j’ai appris à lire et à écrire dans une classe de Rawa (*), l’organisation qui m’a formée et que je sers aujourd’hui parce son combat est devenu le mien.

J’ai été enseignante pour les petites filles et les petits garçons dans les camps, j’ai donné aussi des cours d’alphabétisation aux femmes adultes. Rawa assure des cours éducatifs `normaux´ et des cours d’éducation aux droits des femmes et aux droits de l’Homme. Nous récoltons des informations à l’intérieur de l’Afghanistan sur les abus, les assassinats, les lapidations, les pendaisons, flagellations, tortures, amputations et emprisonnements qui sont le lot quotidien des gens mais plus particulièrement des femmes.

Nous travaillons ici avec Amnesty International et d’autres organismes des droits de l’Homme. Mais nous organisons aussi des nuits de poésie, de contes pour garder vivante la culture de notre peuple et nous montons des sketchs mettant en valeur des principes de liberté et de démocratie. La production de cassettes éducatives et de chansons dénonçant les préceptes intégristes font également partie de notre tâche.

C’est en sens que nous sommes révolutionnaires car nous dénonçons fermement le fondamentalisme. Aussi bien celui des Taliban que celui des différents groupes de l’Alliance du Nord.

Ce sont tous des criminels, des fondamentalistes. Pour nous, il n’y a vraiment pas de différences entre les Taliban et eux. Ils ont été au pouvoir à Kaboul pendant 4 années et cela a été le cauchemar avec des atrocités sans nom…

Leur victoire ne va changer la situation que pour l’Amérique, mais pas pour nous, les femmes. Ces hommes sont ainsi parce qu’ils ont été élevés depuis l’enfance dans la haine de la femme, de la civilisation et de toute culture. Ils ont été éduqués loin des femmes et soumis à un conditionnement de manière à mépriser les femmes, les maltraiter, les violer, les torturer sans ressentir de pitié. C’est pour cela qu’ils sont différents des autres hommes.

Les causes de l’oppression des femmes sont connues: la tradition, la pauvreté, le sous-développement et l’ignorance.. Mais notre culture traditionnelle avec ses traditions, si arriérés soient-elles, n’ont jamais été aussi cruelles, ni aussi brutales que le sont les fondamentalistes.

Les Américains sont hypocrites de dire qu’ils veulent aider les femmes car nous les avions prévenus, depuis 20 ans contre les dangers des fondamentalistes, mais ils les ont aidé, soutenus et formés.

Nous, nous demandons un désarmement général, afin que ces gens, tous tant qu’ils sont, cessent de vivre de violence. Nous devons apprendre à discuter sans armes, à respecter les différents points de vue et faire place aux femmes dans la prise des décisions politiques.

Elles ont payé très cher ces années de guerres entre les clans. Tellement de souffrances! Non seulement, elles perdent leurs enfants, leurs maris, mais elles sont systématiquement humiliées, violées… La faim, la misère, la douleur font qu’elles sont de plus en plus nombreuses à se suicider.

Nous ne pouvons tolérer cela.

Ce ne sera pas facile. Il faudra travailler et se débarrasser des fondamentalistes. Mais nous n’aurons une chance d’y arriver qu’avec le soutien de la Communauté internationale.

Arrêter les aides politique, financière et militaire aux deux côtés: aux Taliban comme à ceux de l’Alliance du Nord.

Que cessent les ingérences étrangères: les Taliban ont des liens avec le Pakistan, mais l’Iran aussi est mêlé, ainsi que l’Inde, la Russie et la France qui supporte l’Alliance du Nord…

Nous ne demandons pas que les Nations Unis viennent se battre, ici, à notre place, pour la démocratie. C’est notre responsabilité. Mais au moins, peuvent-elles contrer les fondamentalistes. Ils sont un obstacle sur notre chemin pour la démocratie.

Nous savons que nous avons le soutien moral et la sympathie des femmes d’Europe, mais ce n’est pas assez. Les femmes dans le monde peuvent jouer un rôle plus important: mettre la pression sur leurs gouvernements respectifs, leurs représentants pour soutenir les femmes en Afghanistan et les organisations qui travaillent pour la démocratie.

Nous croyons à la solidarité des femmes mais nous sommes tristes de ne pas entendre les voix des femmes musulmanes en soutien de notre combat ou pour dénoncer les injustices que les fondamentalistes nous ont fait subir au nom de l’islam.

Il est très important que leurs voix s’expriment et dénoncent ces crimes, ces atrocités en Afghanistan, en Algérie, en Arabie Saoudite.. Elles doivent dire, de Turquie, du Maroc, d’Iran et d’ailleurs, que ce n’est pas cela l’islam!

Il faut éveiller les consciences pour faire ce qu’il faut pour le futur…

Nous ne voulons pas être oubliées. Même s’il y a un autre gouvernement après les Taliban, cela ne veut pas dire que les problèmes des femmes seront résolus…

Propos traduits de l’anglais par Belgi Mansour et mis en texte par Aida Allouache, présidente de Inanna asbl (inanna@voila.fr) ou tel/fax: 02/3745037

© La Libre Belgique 2001

Children deported to Kabul will face ‘horrible risks’

11 février 2012
Children deported to Kabul will face ‘horrible risks’
par 

 Alice Farmer

Published in: 

 Public Service Europe

10 FÉVRIER 2012

Picture your 16-year-old son, brother, cousin or friend. Picture him without his parents in a strange country, where he is picked up by uniformed officials and put on a plane alone. Picture him dropped off in a strife-ridden city, like Kabul or Baghdad, and left to fend for himself. Picture having no idea where he will end up.

That is what the United Kingdom Border Agency wants to do to migrant children in Britain. It has a proposal to start deporting unaccompanied 16 and 17-year-old Afghans early this year, even if it cannot find the children’s families back in Afghanistan. It is quite obvious that children returning to Afghanistan, especially under these circumstances, face risks of destitution, violence, and recruitment into armed forces.

Yet Britain is not the only country that wants to send children back: Norway, Sweden, and the Netherlands are all involved in a European platform addressing the issue. Unaccompanied migrant children, including Afghans, often travel for months in arduous conditions without their parents to get to Britain or other countries in northern Europe. They are vulnerable to exploitation and take on dangerous work to pay their way.

The UK took one positive step recently to protect migrant children. Children’s commissioner Maggie Atkinson recently called a foul and put an end to parts of the secret ‘gentleman’s agreement’ that sent migrant children back to France with little protection. Human Rights Watch’s research in France found that migrant children in transit zones faced degrading treatment by police, detention with adults, little protection from traffickers, and a rapid screening system procedurally stacked against them. Many were summarily deported to their country of origin or even to a third country they had travelled through, regardless of whether they had family or ties there.

The decision to stop sending back minors under the ‘gentleman’s agreement’ shows the need to be incredibly cautious about deporting children. They are getting sent back to horrible risks. But Britain has not yet got it right when it comes to unaccompanied migrant children. The Office of the Children’s Commissioner for England just issued a new report Landing in Dover, which says that migrant children are detained and questioned for hours even if they arrive needing medical care. It shows the need to revise policies so that children who arrive in the UK will immediately have access to guardianship assistance and legal help.

Britain can put standards in place that prevent children from facing irreparable harm when they are returned to other countries. The UK needs clear, formal procedures for making decisions about sending children back to other countries, subject to an effective appeals process. Britain should protect the children’s best interests, making sure they have a guardian, and making sure social services are included in decision-making as well as the UKBA. Return plans need to be sustainable – so children go back to somewhere they can build a life, not somewhere they will just be forced to leave again.

The UKBA should put its plans to deport children to Kabul on indefinite hold. Countries can, with appropriate safeguards, return children who arrive without immigration status. But let’s make sure there are fair, thorough processes – and no more gentleman’s agreements

Afghan asylum bids hit 10-year high

22 janvier 2012

APNewsBreak: Afghan asylum bids hit 10-year high

By KAY JOHNSON 
Associated Press


Afghan asylum bids hit 10-year high dans ARTICLES IMPORTANTS KABUL, Afghanistan (AP) — More Afghans fled the country and sought asylum abroad in 2011 than in any other year since the start of the decade-long war, suggesting that many are looking for their own exit strategy as international troops prepare to withdraw.

From January to November, more than 30,000 Afghans applied for political asylum worldwide, a 25 percent increase over the same period the previous year and more than triple the level of just four years ago, according to U.N. statistics obtained by The Associated Press ahead of their scheduled publication later this year.

Many Afghans are turning to a thriving and increasingly sophisticated human smuggling industry to get themselves – or in most cases, their sons – out of the country. They pay anywhere from a few hundred dollars to cross into Iran or Pakistan to more $25,000 for fake papers and flights to places like London or Stockholm.

Thousands of refugees also return each year, but their numbers have been dwindling as the asylum applications rise. Both trends highlight worries among Afghans about what may happen after 2014, when American and other NATO troops turn security over to the Afghan army and police.

The true numbers of people leaving is likely even higher – since those who are successfully smuggled abroad often melt into an underground economy. Still, the jump in a rough indicator like asylum seekers suggests the total numbers are also on the rise.

Smuggling people out of Afghanistan and neighboring Pakistan is a $1 billion-per-year criminal enterprise, the U.N. Office on Drugs and Crime estimates. Those who pay to leave often face a risky journey and detention abroad because many developed countries now see many Afghans who flee as illegal economic migrants, not political refugees.

Still, the business finds an eager clientele in Afghans such as Ahmad, an unemployed 20-year-old in Kabul. He has agreed to pay a smuggler $400 to take him over the Iranian border, where he hopes to find work and save up to move on to Europe in a few years. He has no money, but his smuggler is giving him credit – he’ll have a month to pay up once he’s in Iran.

« I don’t think anything will improve in three or five years, so it’s better to leave now, » said Ahmad, who expects to leave for Iran within a few weeks. He asked to be identified only by his first name for fear of being arrested.

Ahmad’s family fled to Iran during the Taliban’s late 1990s rule and returned full of hope after the regime fell. But now, he sees no future in his homeland.

« If foreign troops leave, the situation will only get worse, not better, » he said.

That’s a view shared by many. Tajma Kurt, who manages an International Organization for Migration program helping Afghans who have returned home, says she’s noticed a marked change in ordinary Afghans’ outlook since roughly 2007, when the Taliban insurgency began to gain strength and violent attacks increased.

« Before, they were looking for a job, discussing buying a house or whatever, » Kurt said. « Now, they are all thinking of leaving because the situation has deteriorated dramatically and they don’t see that it’s going to get much better. »

Devastated by decades of war, Afghanistan is already the world’s biggest source of refugees, with more than 3 million of its total population of 30 million still outside the country, most in Iran and Pakistan, according to the office of the U.N. High Commissioner of Refugees and the Afghan government.

After the 2001 U.S.-led military intervention that toppled the Taliban, some 5.7 million Afghan refugees returned. The vast majority of those came back in the first five years. The numbers have since dwindled, with about 60,000 refugees returning last year, about half the number as the previous year.

As the pace of returns slowed, the number of Afghans seeking asylum abroad rebounded. In 2011, 30,407 sought asylum through November, the latest available figures.

Driving both trends is not only economic ambition but deep uncertainties about the country’s future, says Abdul Samad Hami, deputy minister of Afghanistan’s Ministry of Refugees and Repatriation.

« Who knows what happens when foreign troops leave Afghanistan? Is it going to get better or worse? Who knows what happens with the foreign aid to Afghanistan – going down or increasing? » he said.

Some Afghans fear that once most foreign troops leave, the Taliban will take over more territory and civil war could erupt along ethnic lines, as it did in the 1990s. Others worry the Afghan economy will collapse if foreign aid dries up.

The real number of Afghans leaving is unknown, but undoubtedly higher than the asylum figures. The country’s foreign ministry recently said 50,000 Afghans illegally entered Greece in the past two years alone, many of them now stranded without passports or money to move farther into Europe. Most of those arranged their journey with smugglers.

For their money, many endure a perilous journey.

Esmat Adine nearly drowned after the overcrowded boat he was on sank off Indonesia late last year, killing at least 200 fellow asylum-seekers headed for Australia. He says he left his wife and infant son at home in Afghanistan and paid $5,000 to travel to Australia after the Taliban threatened to kill him for working with American aid workers. He flew from Kabul to Dubai, then boarded a plane to Jakarta, Indonesia. From there, he was taken to eastern Java and was packed onto the doomed boat.

When the vessel capsized, Adine managed to survive by swimming to a nearby island.

« I swam and swam until I reached the shore, » Adine, 24, told The Associated Press in an Indonesian detention center, where he is awaiting a ruling on his legal status. « I thought of how my wife and children are counting on me, of how I must earn a good life in Australia, free from intimidation. »

He says he still hopes to be able to enter Australia and send for his family.

Australia has vowed to crack down on asylum-seekers but has been forced to relax a policy of mandatory detention because its detention camps are dangerously overcrowded.

Hami, the Afghan refugee official, says the country has come a long way and if the transition goes smoothly, fewer people will want to leave. But he conceded that depends on whether the government can provide security and jobs.

« If the situation gets worse, people will go out. If the situation gets better, people will return. »

Associated Press reporters Massieh Neshat in Kabul and Ali Kotarumalos in Indonesia contributed to this report.

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Last news

30 décembre 2011
By Shantan Kumarasamy
29 December 2011

Last October marked the tenth anniversary of the US-led military assault and occupation of Afghanistan. The ongoing neo-colonial war has had a devastating impact on the Afghan people. According to some estimates, up to 100,000 refugees left Afghanistan in the first five months of this year alone, most of them youth.

Only a few thousand Afghan refugees complete the long and dangerous trip to Europe. Those with English-language skills attempt to make the UK their final destination but closure of the Calais detention centre in 2009 has meant that most are unable to cross the English Channel and remain stranded in France.

The following multimedia presentation tells the story of three homeless Afghan refugees in Paris. These young men, like their older companions, face tremendous suffering. Homeless and lacking food or money, they spend their days in public parks or walking the city searching for a warm place to sleep. On weekdays some secure a rudimentary meal from refugee or welfare organisations. During the weekends and public holidays they are left to starve. Police harassment is constant.

According to a 2010 UNHCR report, Afghanistan had the largest number of refugees—a total of three million spread across 75 different countries. The same report concluded, however, that there were no Afghan refugees in France. In other words, the refugees interviewed in Paris for this slideshow do not even exist as a statistic.

 

Cessons de criminaliser la solidarité !

28 mars 2010

Carte Blanche publiée dans le Soir du 25 mars – Il y a près de dix ans, 18 membres des Collectifs contre les expulsions des sans-papiers étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour avoir, par divers moyens non violents, manifesté leur solidarité avec les sans-papiers et les demandeurs d’asile.

 

Tout en reconnaissant la noblesse des mobiles qui avaient guidé les inculpés, le tribunal n’en avait pas moins condamné sept d’entre eux à des peines de prison de huit jours à deux mois, assorties d’un sursis d’un an.

Aujourd’hui, des membres du Comité d’action et de soutien aux sans-papiers (CAS) sont menacés des foudres de la justice pour deux actions distinctes. Trois d’entre eux attendent en effet le verdict du tribunal, prévu le 6 mai prochain, pour avoir manifesté leur solidarité avec des sans-papiers afghans qui occupaient le hall du CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides) et avoir refusé de se disperser. D’autres doivent passer en Chambre du conseil à la fin mars pour avoir perturbé le lancement de la campagne des libéraux européens le 16 avril 2009. Ils souhaitaient à nouveau y interpeller la ministre belge de la Politique de migration du moment, Annemie Turtelboom.

Le CAS est un mouvement spontané né à l’ULB lors de l’occupation des bâtiments par des sans-papiers chassés des locaux de Sibelga-Electrabel. Rappelons qu’au moment de leur action à la réunion des libéraux européens, cela faisait plus d’un an que l’on attendait l’application des critères de régularisation négociés dans le cadre de l’accord gouvernemental.

Ce si long blocage politique avait mis tous les acteurs concernés dans un état d’indignation sans pareil : non seulement les sans-papiers, mais aussi les syndicats, les communautés philosophiques, les associations solidaires et les universités qui ont accueilli durant des mois des centaines de sans-papiers dans l’indifférence politique générale. Les ordres des avocats des trois communautés du pays s’étaient joints à eux pour réclamer la circulaire promise.

Les membres du CAS n’étaient donc pas seuls à se mobiliser mais se retrouvent, aujourd’hui, seuls face à la justice. Cette procédure judiciaire engagée contre l’élément le moins structuré du mouvement ressemble à ce qu’il est convenu d’appeler bien une criminalisation de mouvements sociaux. Elle vise à museler le CAS en incriminant leur action mais au-delà, elle vise à discréditer l’ensemble du mouvement de solidarité avec les sans-papiers, banalisant du même coup l’arbitraire de l’Office des étrangers et la répression policière.

Cette tendance inquiétante s’inscrit hélas dans l’air du temps. Plusieurs tentatives d’intimidation ont été proférées par nos différents ministres en charge des questions migratoires. En 2007, notre ministre de l’Intérieur affirmait haut et fort – il n’était hélas pas le premier, ni le dernier – que toute aide apportée aux illégaux serait punissable par la loi.

Certaines autorités communales ont interdit des rassemblements de plus de trois personnes autour des lieux où s’étaient établis des sans-papiers. En avril 2008, deux avocats tentant d’entrer en contact avec leurs clients sans-papiers incarcérés ont eu à subir insultes et violences de la part des forces de l’ordre. En juillet, la ministre en charge de l’asile et des migrations déclarait que l’on ne pouvait pas interdire aux sans-papiers de faire la grève de la faim par la loi, mais qu’elle étudierait les moyens de « responsabiliser » ceux qui les aidaient et les conseillaient. Et en mai 2009, la ministre de la Politique des migrations et le ministre de l’Intérieur signaient une circulaire relative à l’identification d’étrangers en séjour irrégulier, dont certains passages invitent à la délation.

Nous considérons que manifester sa solidarité ne constitue pas un crime mais un devoir. Tenter par tous les moyens, en ce compris l’intimidation et la criminalisation, d’étouffer les mouvements sociaux qui s’émeuvent de situations discriminatoires constitue une grave menace à la liberté d’expression et de manifestation.

C’est pour ces raisons que nous ne manquerons pas d’exercer notre vigilance quant au sort réservé aux différents inculpés du CAS et d’interpeller nos responsables politiques sur ces questions.

Signataires : Henri Wajnblum, coprésident de l’UPJB ; Anne Grauwels, co-présidente de l’UPJB ; Benoît Van der Meerschen, Président de la Ligue des droits de l’Homme ; Emmanuelle Delplace, co-directrice de la Ligue des Droits de l’Homme ; Fouad Lahssaini, député fédéral, groupe Ecolo-Groen ; Joëlle Baumerder, directrice de la maison du livre ; Véronique De Keyser, députée européenne ; Mateo Alaluf, Président du CA de l’Institut Liebman ; Mejed Hamzaoui, Président de l’Institut des Sciences du travail de l’ULB ; Jean-Claude Grégoire, enseignant à l’ULB ; Yaron Pesztat, député au Parlement bruxellois ; Zoé Genot, députée fédérale Ecolo ; Anne Morelli, Professeure à l’ULB ; Simone Susskind, Présidente Actions in the Mediterranean ; Marcelle Stroobants, enseignante à l’ULB, Pierre Marage, professeur à l’ULB ; Estelle Krzeslo, chargée de recherches, ULB ; Jean Vogel, professeur suppléant à l’ULB, coordonateur de l’Institut Liebman ; Ignace Lapiower, mensch de l’année 2010 ; Marie-Louise Oruba, Ligue des Droits de l’Homme, La Louvière ; Jos Orenbuch, Président du Centre d’expression libre et de créativité en milieu carcéral, Administrateur du CAL de la Province de Liège ; Antoinette Rouvroy, Chercheur qualifié du FRS-FNRS ; Françoise Michel, CGSP-Enseignement ; Pierre-Arnaud Perrouty, Juriste, spécialiste droits de l’homme ; Benoît Van Keirsbilck, Président de Défense des Enfants-Belgique ; Pierre Galand, Président du CAL ; Dan Van Raemdonck, Président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, professeur à l’ULB ; Claude Semal, auteur et comédien ; Jean-Maurice Arnould, avocat ; Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo ; Yasmina Vanalme, Fondatrice de SolidaritY ; Serge Gutwirth, professeur de droit à la VUB ; Tom Nisse, auteur

http://www.liguedh.be/index.php?option=com_content&view=article&id=863:cessons-de-criminaliser-la-solidarite&catid=110:communiques-de-presse-2010&Itemid=283

Arrêtons de criminaliser la solidarité

26 mars 2010

Arrêtons de criminaliser la solidarité

Il y a près de dix ans, 18 membres des Collectifs contre les expulsions des sans-papiers étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Bruxelles pour avoir, par divers moyens non violents, manifesté leur solidarité avec les sans-papiers et les demandeurs d’asile. Tout en reconnaissant la noblesse des mobiles qui avaient guidé les inculpés, le tribunal n’en avait pas moins condamné sept d’entre eux à des peines de prison de huit jours à deux mois, assorties d’un sursis d’un an.

Aujourd’hui, c’est au tour de membres du Comité d’action et de soutien aux sans-papiers (CAS) d’être menacés des foudres de la justice pour deux actions distinctes. Trois d’entre eux attendent en effet le verdict du tribunal, prévu le 6 mai prochain, pour avoir manifesté leur solidarité avec des sans-papiers afghans qui occupaient le hall du CGRA et avoir refusé de se disperser. D’autres doivent passer en Chambre du conseil à la fin du mois de mars pour avoir perturbé le lancement de la campagne des libéraux européens le 16 avril 2009. Ils souhaitaient interpeller la Ministre belge de la Politique de migration du moment, Annemie Turtelboom.

Le CAS est un mouvement spontané né à l’ULB lors de l’occupation des bâtiments par des sans-papiers chassés des locaux de Sibelgaz. Rappelons qu’au moment de leur action à la réunion des libéraux européens, cela faisait plus d’un an que l’on attendait l’application des critères de régularisation négociés un an plus tôt dans le cadre de l’accord gouvernemental.

Ce si long blocage politique avait mis tous les acteurs concernés dans un état d’indignation sans pareil: non seulement les sans-papiers, mais également les syndicats, les communautés philosophiques, les associations solidaires et les universités qui, elles, ont accueilli pendant des mois des centaines de sans-papiers dans l’indifférence politique générale. Les ordres des avocats des trois Communautés du pays s’étaient joints à eux pour réclamer la circulaire promise.

Les membres du CAS n’étaient donc pas seuls à se mobiliser mais se retrouvent aujourd’hui seuls face à la justice. Cette procédure judiciaire engagée contre l’élément le moins structuré du mouvement, le CAS, ressemble bien à ce qu’il est convenu d’appeler une criminalisation des mouvements sociaux. Elle vise à museler le CAS en incriminant leur action mais au-delà, elle vise à discréditer l’ensemble du mouvement de solidarité avec les sans papiers, banalisant du même coup l’arbitraire de l’Office des Etrangers et la répression policière. Personne ne peut ignorer que des demandeurs et demandeuses d’asile, ainsi que des sans-papiers sont quotidiennement incarcéré-e-s et expulsé-e-s dans la violence.

Cette tendance inquiétante s’inscrit hélas dans le temps. Plusieurs tentatives d’intimidation ont été proférées par nos différents ministres en charge des questions migratoires. En 2007, notre Ministre de l’intérieur affirmait haut et fort – et il n’était hélas pas le premier.  Ni le dernier au demeurant.  - que toute aide apportée aux illégaux serait punissable par la loi. Certaines autorités communales ont également interdit des rassemblements de plus de trois personnes autour des lieux où s’étaient établis des sans papiers. En avril 2008, deux avocats tentant d’entrer en contact avec leurs clients sans papiers incarcérés ont eu à subir insultes et violences de la part des forces de l’ordre. En juillet, la Ministre en charge de l’asile et des migrations déclarait que l’on ne pouvait pas interdire aux sans papiers de faire la grève de la faim par la loi mais qu’elle étudierait les moyens de « responsabiliser » ceux qui les aidaient et les conseillaient. Et enfin, en mai 2009, la Ministre de la Politique des migrations et le Ministre de l’intérieur signaient une circulaire relative à l’identification d’étrangers en séjour irrégulier dont certains passages invitent purement et simplement à la délation.

Nous considérons que manifester sa solidarité ne constitue pas un crime mais un devoir. Tenter par tous les moyens, en ce y compris l’intimidation et la criminalisation, d’étouffer les mouvements sociaux qui s’émeuvent de situations discriminatoires constitue une grave menace à la liberté d’expression et de manifestation. C’est pour ces raisons que nous ne manquerons pas d’exercer notre vigilance quant au sort réservé aux différents inculpés du CAS et d’interpeller nos responsables politiques sur ces questions

Afghanistan: campagne de Paris et Londres contre l’émigration clandestine

23 mars 2010

 

Afghanistan: campagne de Paris et Londres contre l’émigration clandestine

La France et la Grande Bretagne vont mener en Afghanistan une campagne pour informer les Afghans des risques d’émigration clandestine, ont annoncé mardi Eric Besson et Phil Woolas, les ministres français et britannique en chargé du dossier. « Une campagne sera menée en Afghanistan pour informer les populations des risques d’immigration clandestine », a déclaré M. Besson en soulignant qu’ »il est temps de mettre un terme à la désinformation pratiquée par les trafiquants pour mieux exploiter et rançonner les candidats ». « Nous voulons leur montrer qu’il risquent d’être pris et renvoyés chez eux », a justifié de son côté Phil Woolas en rappelant que son pays avait déjà mené des campagnes similaires dans les Caraïbes et l’Afrique de l’Est qui se sont avérées « payantes ». La campagne sera concentrée sur la partie orientale de l’Afghanistan où Paris et Londres vont mobiliser des « moyens de communication et de publicité », selon le ministre britannique en charge de l’immigration sans donner la date se son lancement. Eric Besson et Phil Woolas se sont rencontrés au port de Calais où ils ont inauguré symboliquement un Centre de coordination opérationnel conjoint ouvert le 8 février. Ce centre réunit des fonctionnaires français et britanniques de la Police aux frontières, des services de l’immigration et des douanes. Il contrôle les 6.000 poids-lourds transitant quotidiennement par le port de Calais. « Cette structure permettra un meilleur ciblage de notre surveillance et une capacité d’intervention en temps réel sur les principaux points de montée clandestine dans les poids-lourds », a dit M. Besson. Six mois après le démantèlement de la « jungle » le 22 septembre 2009, les deux ministres ont estimé que la pression migratoire avait été réduite de 90% dans le Calaisis. « Le Calaisis n’est plus une plateforme du trafic international de migrants », a observé M. Besson en citant le chiffre de 75 tentatives d’embarquement clandestin dans le port de Calais en mars contre 1.452 en septembre 2009. Selon lui, le nombre d’étrangers en situation irrégulière dans le Calaisis n’est plus que de 150 à 200 contre un millier il y a quelques mois. Lors du démantèlement de la « jungle », 278 migrants avaient été arrêtés, dont 132 mineurs, essentiellement de jeunes hommes, afghans

Les offensives en Afghanistan risquent de pousser plus de jeunes à s’exiler

21 mars 2010

 

Les offensives en Afghanistan risquent de pousser plus de jeunes à s’exiler

L’intensification récente des offensives des forces internationales contre les talibans en Afghanistan risque d’inciter davantage de familles à envoyer clandestinement leurs fils à l’étranger, redoutent plusieurs organisations humanitaires. « Nous craignons d’assister à une nouvelle augmentation du nombre d’enfants cherchant à quitter le pays », a déclaré mercredi Daniel Toole, directeur du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) pour l’Asie du Sud.

En visite à Kaboul, M. Toole était interrogé sur l’impact de la nouvelle offensive alliée inaugurée en février dans la province du Helmand (sud), et dont les prochaines cibles connues sont Kandahar (sud) et Kunduz (nord). « C’est un problème qui commence à faire surface », a poursuivi M. Toole: en 2009, l’Unicef a observé une augmentation « très significative » de mineurs afghans arrivés seuls en Europe. Dans un rapport publié en février, l’agence onusienne précise qu’entre 2007 et 2009, le nombre d’adolescents afghans demandeurs d’asile en Norvège est passé de 89 à 1.719 (18 fois plus) par an, et de 984 à un nombre estimé à 1.750 (+80% environ) au Royaume-Uni. « Nous sommes persuadés que dès que l’opération commencera à Kandahar, beaucoup de gens partiront vers Kaboul, en majorité des femmes et des enfants », a confirmé samedi à l’AFP Salvatore Grungo, délégué de Terre des hommes pour l’Afghanistan et le Pakistan. « Certains ont déjà gagné la capitale à cause des combats dans le Helmand », a-t-il renchéri. En revanche, peu décideront de fuir jusqu’en Europe, selon lui.

« La plupart préfèrent le Pakistan ou l’Inde, où ils peuvent trouver un travail saisonnier ». « Leurs motivations sont d’abord financières », estime Nadir Farhad, porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) à Kaboul, interrogé par l’AFP. « Cela ne veut pas dire que les demandeurs d’asile n’ont pas des raisons politiques ». Les deux sont liés, estime Daniel Toole, puisque la guerre déstabilise l’économie du pays. « Lorsque des familles sont démembrées, que leurs moyens d’existence sont compromis, elles cherchent à gagner leur vie par des moyens de plus en plus désespérés », souligne M. Toole. Le rapport de l’Unicef, qui s’appuie sur l’étude de 20 cas, tous masculins, et des témoignages recueillis en Europe et en Afghanistan, pointe, pour au moins 7 d’entre eux, des motivations directement liées au conflit. Menacés par le gouvernement et/ou les talibans, les adolescents interrogés par l’agence onusienne, âgés, selon leurs dires, de 14 à 17 ans, sont pour la plupart originaires des provinces de Nangarhar (est), Kaboul, Balkh (nord), Ghazni (sud), Herat (est) et Wardak (est).

 Le voyage coûte entre 7.000 et 10.000 dollars (entre 5.000 et 7.300 euros environ) et peut durer plus d’une année, via le Pakistan, l’Iran, la Grèce, l’Italie et la France. Il s’effectue dans des conditions effroyables, précise le rapport: longues marches de nuit, transit dans des containers, jeûne. « Une fois parti, on ne peut plus faire marche arrière », raconte Khaibar, un Pachtoune de 17 ans, incité à fuir par son oncle, après la capture — par des Américains — de son père, employé comme livreur par les talibans. Maïwand, un Pachtoune de 14 ans, également interrogé par l’Unicef dans la banlieue de Londres, était, lui, pris entre deux feux. Les talibans voulaient lui faire poser une bombe tandis que le gouvernement lui reprochait un séjour dans une madrasa: « tu dois quitter le pays », lui aurait dit son oncle maternel, en le mettant entre les mains d’un passeur